Entrepreneuriat social

Publié le par ONG AFRICA RECORDS

Définition

Selon la définition couramment admise, les entrepreneurs sociaux sont des individus qui portent des solutions innovantes à des problèmes pressants de la société. Ils identifient des approches innovantes pour résoudre des problèmes qui apparaissaient souvent comme insolubles. Les entrepreneurs ont ou développent la capacité à apporter des solutions concrètes, et à concilier l’approche économique avec des objectifs sociaux. Cependant, cette capacité n'annule pas nécessairement la tension commune entre objectifs sociaux et économiques. Ce n’est pas un concept totalement nouveau puisqu’il y avait déjà un « Palais de l’Economie Sociale » à l’Exposition Universelle de 1900 à Paris, regroupant des coopératives, des mutuelles, et des entrepreneurs sociaux. La réflexion sur l’apport des entrepreneurs sociaux est cependant plus récente en France que dans d’autres pays, notamment les pays anglo-saxons.

Entrepreneuriat social et entrepreneuriat collectif

Les relations de l’entrepreneuriat social avec la notion de collectivité, soit dans l’entreprise, soit plus largement dans la société, et donc avec l’Etat, sont un sujet de débat intéressant. L’économie sociale et solidaire, par exemple, inclut a priori des formes plus collectives d’entrepreneuriat, mais on s'accorde généralement sur le fait qu’il est nécessaire de regarder au-delà des statuts juridiques, qui ne déterminent pas nécessairement le fonctionnement et l’objet social réel de l’entreprise. Par exemple, certaines coopératives ou mutuelles fonctionnent plus sur des critères de rentabilité économique que sur un objet d’utilité sociale, tandis que certaines entreprises classiques innovent socialement, et ont une utilité certaine, malgré leur forme juridique reposant sur l’importance prépondérante du capital dans les instances de décisions. De même, l’entrepreneur social ne se positionne pas nécessairement dans un champ libéral contre l’Etat, mais peut chercher des ressources économiques mixtes (ou "hybrides", dans le jargon de l’économie sociale et solidaire).

En France, la réflexion demeure très binaire, sur ces questions. Derrière un entrepreneur social, il y a souvent un projet et une équipe efficace, permettant de faire vivre ce projet. Certaines personnes situent ainsi l’entrepreneuriat social dans l’économie sociale et solidaire, tandis que d’autres identifient cette dernière avec des formes exclusivement collectives de gestion d'entreprise.

Entrepreneuriat social et management

Les outils classiques du management peuvent être utiles aux entrepreneurs sociaux (par exemple l’entretien individuel annuel du salarié), aussi bien que les techniques d’ « alter-management ». Ces outils peuvent être vus comme neutres, et être utiles donc à plusieurs fins, aussi bien capitalistique que sociale. Il existe depuis quelques années en France des syndicats d’employeurs de l’économie sociale, mais encore rien d’équivalent dans le domaine de l’entrepreneuriat social. Cependant, certaines écoles de commerce françaises (Chaire d'entrepreneuriat social de l'ESSEC et chaire de Social Business de HEC notamment, en création pour cette dernière) et fondations s’y intéressent.

Exemples d'entrepreneurs sociaux

 

Muhammad Yunus en décembre 2004

Muhammad Yunus (né le 28 juin 1940 à Chittagong) est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank ; ce qui lui valu le Prix Nobel de la paix en 2006. Il est surnommé le « banquier des pauvres »[1].

(voir wikipédia)

Enfance et famille

Issu d'une famille aisée[2], troisième enfant d'une famille de quatorze enfants, dont cinq sont morts en bas âge[3], Muhammad Yunus nait le 28 juin 1940 dans le village de Bathua, Hathazari, dans le district de Chittagong, qui faisait alors partie de l’Inde sous colonisation anglaise[4]. Il passe les premières années dans son village natal puis sa famille s'installe en 1947 à Chittagong, la seconde ville du Bangladesh, où son père, Hazi Dula Mia Shoudagar, tient une bijouterie. Dans son autobiographie, Yunus présente son père comme un musulman pieux, soucieux de mener une existence sobre au plan matériel. Il souligne également l'ouverture de ses parents à l'égard du monde occidental.

Yunus se marie une premìère fois aux États-Unis en 1970, avec une jeune américaine d'origine russe, Vera Forostenko, qu'il rencontre à l'Université Vanderbilt[5]. Ils eurent en 1977 une fille, Monica Yunus qui est pianiste à New York[6]. Il divorce et se remarie en 1980 avec Afrozi Yunus, une professeur de physique de l'université de Jahangirnagar, avec qui il a eu sa seconde fille, Dina Yunus. Un de ses frères est également dans le milieu académique. Muhammad Ibrahim est professeur de physique à l'université de Dhaka et Muhammad Jahangir est un présentateur de télévision..

Formation

Yunus étudie les premières années dans l'école de son village natal puis à l'école primaire Lamabazar et au Chittagong Collegiate School. Yunus fait son premier voyage à l'âge de treize ans grâce aux boyscouts. Il se rend au Pakistan occidental pour une rencontre nationale de boyscouts, Jamboree Boy Scout National. À l'occasion d'une rencontre internationale, Jamboree Scout Mondial de 1955, qui se tient au Canada il en profite pour visiter l'Europe et le Moyen-Orient. C’est ainsi que le jeune homme parcourt l’Inde, l’Amérique du Nord, l’Europe, se rend au Japon et aux Philippines à l'occasion de ses grands rassemblements internationaux.

En 1957, il s'inscrit en économie à l'université de Dhaka et obtient son Bachelor of Arts en 1960 et son Master of Arts l'année suivante. Une fois ces diplômes en poche, il devient enseignant en économie au Chittagong College. À 21 ans, il se fait entrepreneur, en mettant sur pied la première usine high-tech d’emballage et d’impression du Pakistan oriental. L’affaire est une réussite. La banque d'État Industrial Bank propose à Yunus un très gros prêt (10 millions de takas) mais en 1965 Yunus préfère abandonner la gestion à ses jeunes frères pour partir préparer un doctorat aux États-Unis, grâce à une bourse Fulbright. Après une maîtrise à l’université du Colorado, Yunus s’inscrit en thèse à l’université Vanderbilt, sous la direction de Nicholas Georgescu-Roegen, économiste controversé, connu aujourd’hui notamment pour ses recherches sur le thème de la « décroissance soutenable ». Une fois docteur en économie, Yunus obtient un poste à la Middle Tennessee State University.

L'indépendance du Bangladesh

En 1971, la guerre de libération du Bangladesh éclate. Yunus décide de soutenir les indépendantistes. Il participe à plusieurs groupes locaux en faveur de l'indépendance en réunissant des fonds et menant une campagne dans les médias. Il publie aussi un journal nommé Bangladesh Newsletter[7]. Avec d'autres bangladais résidant aux États-Unis, il crée Bangladesh Citizen's Committee. Puis ils créent le centre d'information sur le Bangladesh à New York. Par la suite, Yunus aide des officiers bangladais travaillant à l'ambassade du Pakistan aux États-Unis à s'échapper de l'ambassade. Il fut aussi un membre actif de Bangladesh Defence League créé par Fazlur Khan dans le but d'envoyer des armes et des munitions aux « Muktibahini » (combattants pour la liberté)[8]. Finalement, lorsque l'indépendance du Bangladesh est proclamée en décembre 1971, il décide d'abandonner son poste de professeur d'université et rentre chez lui en juin 1972, pour mettre ses compétences au service de son "nouveau" pays.

Les débuts de la Grameen Bank

Après avoir occupé le poste de sous-directeur à la Planning Commission du Gouvernement, où il se sent totalement inutile, il devient responsable du département d’économie de l’Université de Chittagong, construite en milieu rural. Selon ses mots, « Une terrible famine frappait le pays, et j'ai été saisi d'un vertige, voyant que toutes les théories que j'enseignais n'empêchaient pas les gens de mourir autour de moi »[9]. Il décide alors de s’intéresser au mode de vie misérable des villageois vivant à proximité de l’université.

Avec des étudiants, il crée un groupe de "recherche-action", dont les premiers travaux porteront surtout sur des questions agronomiques (implantation de nouvelles espèces de riz, notamment). Ce n'est que dans un second temps que Yunus en vient à penser qu'une grande partie des problèmes rencontrés par les paysans pauvres de Jobra (le village voisin de l'Université de Chittagong) tiennent à leurs difficultés d'accès à des capitaux. Leurs terres sont généralement si petites qu'elles ne peuvent constituer une garantie pour les banques. Restent les usuriers locaux, dont les prêts sont offerts à des taux d'intérêt (plus de 20% par mois) qui bien souvent achèvent de précipiter les emprunteurs dans la misère. C'est ainsi que le jeune professeur d'économie en vient à proposer un premier "micro-prêt" (quelques dollars) à quelques dizaines d'habitants du village, en utilisant son propre argent. L'effet de ces prêts au montant dérisoire s'avère rapidement très positif sur la situation matérielle des bénéficiaires. En outre, ces derniers remboursent sans difficulté leur bailleur de fonds.

Après avoir tenté d'impliquer une banque commerciale dans le lancement d'un premier programme de micro-crédit, Yunus décide de créer son propre programme. Celui-ci est officiellement mis en place en 1977, sous le nom de « Grameen ». C’est un succès immédiat, au Bangladesh tout d’abord, où la « Grameen » obtiendra le statut d’établissement bancaire en 1983, puis dans d’autres pays où le « modèle » s’exporte à partir de 1989. Aujourd’hui, près de 300 millions de personnes dans le monde bénéficient directement ou non de micro-crédits. La banque Grameen a par ailleurs considérablement diversifié ses activités depuis (industrie textile, téléphonie, production d'électricité par énergie solaire, ...).

La philosophie du soutien à l'économie informelle à travers le succès de la Grameen Bank pourrait se réduire à cette conviction évoquée dans un entretien au Journal Le Monde du 25/04/2008 : "Tout le monde espère gagner de l'argent en faisant des affaires. Mais l'homme peut réaliser tellement d'autres choses en faisant des affaires. Pourquoi ne pourrait-on pas se donner des objectifs sociaux, écologiques, humanistes ? C'est ce que nous avons fait. Le problème central du capitalisme "unidimensionnel" est qu'il ne laisse place qu'à une seule manière de faire : rentrer des profits immédiats. Pourquoi n'intègre-t-on pas la dimension sociale dans la théorie économique ? Pourquoi ne pas construire des entreprises ayant pour objectif de payer décemment leurs salariés et d'améliorer la situation sociale plutôt que chercher à ce que dirigeants et actionnaires réalisent des bénéfices ?"

Prix Nobel et autres récompenses

Yunus a reçu de nombreuses récompenses[10], dont la plus importante distinction du Bangladesh, Independence Day Award et le Prix Nobel de la paix. Mohammad Yunus a eu le très rare privilège d’être nominé à la fois pour le "Nobel d’Économie" et le Nobel de la Paix en 2005[11] avant d'obtenir finalement, conjointement avec la Grameen Bank, le prix Nobel de la paix le 13 octobre 2006 pour « leurs efforts pour promouvoir le développement économique et social à partir de la base » [12]. Yunus a déclaré qu'il utilisera la récompense d'1,1 million d'euro en ouvrant un hôpital ophtalmologique, une usine de traitement de l'eau ainsi qu'à financer une société d'agroalimentaire en partenariat avec Danone. C'est désormais chose faite avec la création d'une coentreprise portant le nom de Grameen Danone Foods. Cette entreprise repose sur un modèle d'entrepreneuriat social ou "social business" qui vise la rentabilité afin de pérenniser son objectif social et sociétal. Une première usine, a été construite à Bogra dans le nord du Bangladesh. Elle produit des yaourts dont l'apport nutritif correspond au déficit en vitamines et minéraux des enfants de la région sur la base d'études effectuées au sein de la population par l'organisation non gouvernementale Gain. L'usine, peu automatisée et de petite taille, a été conçue pour employer le plus grand nombre de personnes. La vente de yaourt est effectuée au porte à porte par les "Grameen ladies" déjà en lien avec la Grameen bank de Muhammad Yunus et désireuses d'améliorer leurs revenus. Une seconde usine devrait voir le jour en 2008 dans le cadre du fonds danone.communities aujourd'hui partie prenante avec Grameen Danone Foods.

Yunus a également reçu de nombreux titres honorifiques[13].

 

Film de Cinéma

Une fiction internationale de cinéma basée sur son aventure est en cours de production. D'initiative Française (Nicolas Jourdier et Christian de Boisredon), il s'agit d'une production européenne et hollywoodienne.

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